Jeudi 12 juillet 2001 - Brest

Yeah man. L'artillerie lourde, les grosses ficelles, un show bien rodŽ. Yeah man. Grosse caisse bien nommŽe, cuivres clinquants, bonne humeur et pŽtard obligatoires. En bas de la scne, allez hop, hop, hop, tout le monde saute, est-ce que vous tes lˆ j'entends rien ! Yeah man, a saute, a lve les bras, tout le monde sur son propre petit nuage. Peut-tre que les plus grands bŽnŽficiaires du partage sont les buvettes. Torse nu, en sueur, les bras en croix, les yeux fermŽs, le mŽgot ˆ la commissure des lvres, il tourne et saute. Le voisin n'a qu'ˆ garder les yeux ouverts. Les enfants, poussŽs par les mres, font route vers des zones moins turbulentes.

Yeah man, le mŽlange des cultures est en marche, reggae fran-ais, haschich marocain, bire danoise, yeah man, la voilˆ la grande vibration planŽtaire, Brest, est-ce que vous tes lˆ j'entends rien !

Un peu plus t™t, un peu plus loin, des danseurs zoulous. Les yeux droit au ciel qu'on fait mine d'Žcraser du pied. L'hymne d'une jeune nation, le poing sur le cțur, ˆ quatre voix, un drapeau plein de couleurs, qui sert ˆ protŽger une jeune danseuse du vent breton.

Yeah man, un pays, le reggae, trois couleurs, vert jaune rouge, rejoins-nous dans une semaine ˆ Morlaix, 120 balles c'est donnŽ, yeah man, allez fais du bruit, montre que tu es vivant, man, saute, saute !

Sur une petite scne, presque cachŽe, un combat a lieu. Ë ma gauche, les musiciens, ˆ ma droite, le public. C'est ˆ celui qui Žpuisera l'autre, tous les coups sont permis. Combat silencieux, personne ne parle. Pas de harangue.

Sur l'estrade, les quatre musiciens rŽunis n'ont pas l'‰ge de la premire des mŽlodies qu'ils entament. Ils encha”nent, morceau aprs morceau, ˆ l'Žnergie. Thmes centenaires, ou peut-tre plus, harmonies et fougue fra”ches du jour. En bas, le piŽtinement obstinŽ des danseurs, celui des useurs de granit, des batteurs de terre. Coude ˆ coude ou main dans la main, la cha”ne, les cha”nes, avancent.

Tout le monde ensemble.

L'anneau s'ouvre pour qui veut rentrer et tout de suite se referme. Ne pas laisser quelqu'un tout seul. Entre les morceaux, ˆ peine une pause. C'est dŽjˆ reparti. Dans une mme cha”ne, parfois quatre gŽnŽrations, mais tout le monde a dans les yeux la mme espce de fiertŽ farouche. Dans une des cha”nes, quelques-uns des guerriers zoulous de tout ˆ l'heure se sont insŽrŽs, facilement. Leur regard ne dŽpare pas. Les dos sont droits, les sourires sont larges. C'est comme a que j'aime ma Bretagne, solidaire, campŽe sur son sol, consciente d'elle-mme et ouverte aux autres.