Orange, odes et espoirs...


Il y a des moments à désespérer de tout. Le long de la côte, par chez moi, il y a un sentier, fort judicieusement baptisé "sentier côtier". Il a été tracé voilà quelques années, en profitant de la loi sur le littoral qui permet une servitude de passage sur les terrains privés.
Cheminant, donc, sur le dit sentier, je suis passé devant une propriété située -donc, encore,- sur le bord d'une petite falaise. Les gens qui vivent là avaient aménagé un chouette coin pour profiter de la vue : barbecue permanent, petit abri, terrasse dallée, et même des prises électriques encastrées.
Seulement voilà, il y a le sentier.
Et plutôt que partager la vue avec les gros en marcel, les blondes mal chaussées, les gosses hirsutes et les mamies en robe de coton imprimé, ces braves gens ont décidé... de s'en priver. Le dallage de la terrasse est fendu, de l'herbe y pousse, plus rien n'est entretenu.
A désespérer, je vous dis. Pas question que le bon peuple puisse jouir du spectacle de Madame sur la chaise longue, ni de la famille prenant le thé en regardant la mer. Repli stratégique : le thé se prend à l'intérieur, et l'intelligence se prend une claque.

Heureusement, il y a l'heure orange. Ce moment de calme privilégié où la lumière est tellement douce qu'on en embrasserait sa voisine, si elle n'avait (dans mon cas) une fâcheuse tendance à remuer la queue quand elle est contente.
A cette heure là, si vous croisez quelqu'un sur le sentier, il vous salue (comme c'est l'usage), mais tout doucement, comme pour ne pas déranger les deux mouettes qui font escale sur l'eau un peu plus bas.
On a l'impression de vivre dans une carte postale, on présente toujours le meilleur profil, même le chien de la maison d'en bas fait une pause.
Sur mon petit promontoire préféré, Disquette et moi profitons du moment. Surtout moi. Disquette, elle, parcourt le secteur du regard pour voir si elle ne pourrait pas trouver un truc qu'elle pourrait me rapporter pour que je le lui lance. Elle fait un peu d'autoallumage, Disquette.
Tout est tellement beau et calme. Je pense à la Palestine. C'est pour bientôt. Je me prends à imaginer la même lumière sur la vieille ville de Jérusalem. Et je me demande si, pendant l'heure orange, en Palestine, la haine se repose aussi.