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autrepart
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Elle Žtait presque moche, et son regard vitreux, embrumŽ,
aurait suffi ˆ m'indiquer qu'elle Žtait ivre, si elle n'avait pas longuement
titubŽ sur le bref chemin qui sŽparait la porte des toilettes de ma
table.
Elle avait - clichŽ - la voix p‰teuse et tra”nante. Elle m'a demandŽ ce que je lisais. Comme de coutume, quand je vais dans un bar, je lisais. Et comme souvent, indŽpendamment du fait que je sois dans un bar, je lisais un livre en anglais. Je ne me souviens pas lequel. Elle contempla longuement la couverture - ˆ l'envers - puis me rendit le livre. - pourquoi tu viens ici pour lire ? J'ai mon argumentaire sous la main, pas de problme pour celle-lˆ : parce que je n'ai pas de chez moi, parce qu'ici la musique est forte et que j'aime a, parce que chez moi je ne peux pas boire de mojito convenable, puisque je ne sais pas prŽparer de mojito. Et je m'entends rŽpondre : - parce que j'aime lire - et le bruit te dŽrange pas ? - non - je t'emmerde avec mes questions· - non Devant mon manque d'empressement ˆ lui rŽpondre, elle est retournŽe ˆ sa table, rejoindre un type improbablement vtu d'un blouson de cuir malgrŽ la chaleur. Une dizaine de minutes plus tard, elle est repartie de sa dŽmarche hŽsitante vers les toilettes. Et sur le chemin du retour, son itinŽraire l'a ramenŽe devant ma table. - eh, - oui ? - moi je crois que tu viens avec un livre pour montrer que t'es diffŽrent des autres, et qu'en vrai t'as envie qu'on vienne te parler, a te donne un sujet de conversation, t'es pas obligŽ de faire d'effort, a vient tout seul. - · - c'est pas vrai ? Si, c'est vrai. Comme quoi avec des yeux embrumŽs, on n'y voit pas toujours moins clair que les autres. C'est vrai. Et si elle me voyait, dans un de ces multiples concerts auxquels j'assiste, alors que je suis littŽralement transportŽ par la musique, bouleversŽ par la proximitŽ des autres spectateurs, par ce que je me sens de commun ˆ eux, incapable de seulement taper du pied ou d'applaudir. Incapable de me mler aux gens, de partager. Tout juste capable d'aller m'asseoir un peu plus loin en plein milieu du concert et de sortir de mon sac un bouquin., en prŽtextant que je n'aime pas les foules. Comme j'Žpie les regards des gens, l'air de rien, concentrŽ sur mes pages qui pourraient tout aussi bien tre blanches. Funambule de l'inutile, alors que le bord est si proche · |