09:27 passage de chameaux...
Hier soir, revenant du cyber café d'où je venais de poster ma chronique, je roulais tranquillement vers la maison, baignant dans la douce satisfaction du devoir accompli.
Et j'ai échappé de peu à un accident. Il faisait nuit, les phares de la voiture sont ce qu'ils sont, et j'ai vu soudainement passer devant mon capot un truc invraisemblable qui faisait un bruit incroyable, suivi d'assez près par ce qui était visiblement un humain vociférant et essoufflé, les deux lancés à grande vitesse en travers de l'unique chaussée goudronnée du coin.
J'ai pilé net, au grand dam (quoi que pas tant que ça, mais je vais y revenir) du chauffeur de taxi qui me suivait, et j'ai suivi les deux machins du regard. Ils ont fini par passer sous un réverbère : j'ai failli me faire emboucaner par un chameau, suivi de près par son bédouin de maître, visiblement en train de tenter de le ramener à la raison et à la maison, pour peu qu'il en ait une. De maison.
Ça illustre bien la circulation à Gaza, encore que ce soit en toute honnêteté mon premier chameau. Mais la faune est variée, de toute façon. Anes, chevaux, attelés ou non, sous contrôle ou non, gamins seuls ou en bande (jamais sous contrôle), adultes plus ou moins intéressés par la fonction première de la bande de goudron sur laquelle ils ont mis leurs chaises pour discuter au frais, les obstacles à la circulation sont légion.
Conduire à Gaza, quand on arrive de France, c'est comment dire dans les premiers temps on est proche de la crise de nerfs en permanence. Imaginez un réseau routier assez parsemé, sans aucune bande blanche ou jaune, sans aucune règle de priorité ("la priorité à droite ? D'accord. Mais bon, avouez, c'est normal, c'est le plus gros qui passe, quand même !"), et le tout plein de véhicules dans des états confinant parfois au surréaliste, plein de taxis officiels et de taxis sauvages, et TOUS klaxonnant toutes les trente secondes.
Alors les taxis sauvages klaxonnent, parce qu'ils cherchent du client. C'est leur façon de signaler leur disponibilité. Donc, si derrière moi un type klaxonne comme un fou, ça ne m'est - en principe - pas destiné. Mais ce n'est rien comparé au véhicule de devant. On ne découvre si c'est un taxi sauvage qu'à l'instant où il s'arrête, sans prévenir et parfois sans feux, absolument n'importe où pour charger ou décharger quelqu'un.
Cela dit, l'un dans l'autre, conduire à Gaza est assez agréable. C'est assurément varié. Une fois qu'on a compris les trois règles de base.
- tout véhicule est susceptible de s'arrêter sur place n'importe quand
- arrête de t'affoler pour les klaxons, c'est pas après toi qu'ils en ont
- les ânes ne lisent pas les panneaux, et ne voient pas le rouge ni l'orange
Bon, c'est samedi, les Israéliens ont besoin de l'électricité, ce qui fait que nous, nous n'en avons plus. A plus tard...
|