07:46 droite, gauche....
Hier, promenade dans Jérusalem. Mais pas la vieille ville. La Jérusalem Est (lire : palestinienne) à flanc de coteaux. Incroyable vallée de désolation, baraques déglinguées, garages sauvages, odeurs prenantes de mazout, d'ordures. Plus d'aménagements urbains, je n'ai pas de souvenirs de trottoirs. Un bus passe, plein de soldats en armes. Ou de policiers. Je ne suis pas toujours certain de savoir les reconnaître. Dans des cahutes, des hommes jouent aux cartes. Personne ne prête attention à nous.
Des escaliers, sur la droite, qui montent. On revient dans un quartier plus présentable. L'appel du muezzin retentit. Surpris, nous cherchons des yeux le minaret ; il n'y en a pas, dans ce quartier là, l'appel est relayé par un système de hauts-parleurs perchés sur les maisons. Ce muezzin là est assez agréable. C'est souvent le cas, leur appel (il ne faut pas dire chant) est généralement séduisant. Parfois, pour la prière du coucher du soleil, je monte sur la terrasse ou au clocher de l'église, et j'écoute la ville parcourue par ces voix.
Un peu après cette promenade, j'avais rendez-vous à un carrefour avec quelqu'un du consulat. Comme j'étais en avance, je m'étais confortablement installé sur une pierre contre le mur d'une petite mosquée qui fait l'angle. A un moment mon attention a été détachée de mon livre par une incroyable odeur de mangue ; une femme, suivie par une ribambelle de gamines, toutes portant un sac en plastique rempli de mangues. La dernière des gamines, visiblement la plus délurée de la bande, a essayé de me parler. Mes quelques pauvres mots d'arabe n'ont pas fait l'affaire. Peut mieux faire.
Je suis revenu du consulat à pieds. Le chemin pour descendre de la colline me fait passer, par un petit escalier, entre un groupe de maisons habitées par des colons israéliens. C'est facile à reconnaître : il y a des drapeaux tous les mètres. Ces gens doivent avoir peur d'oublier qui ils sont...
Sur la terrasse d'une des maisons en question, un poste de garde. Trois glandus, le crane rasé, les lunettes de soleil à la mode, le pistolet mitrailleur à portée de mains, perdent leur temps en jouant aux cartes, sur fond sonore d'une des minables stations de la bande FM locale. Je ne vous recommande PAS la variété israélienne. On dirait que tous leurs chanteurs sont obsédés par l'idée de gagner un jour le concours de l'eurovision.
Comme mon chemin me faisait passer à moins de deux mètres, poliment je fais bonjour de la tête. Fallait pas, visiblement. Je me suis attiré toute une diatribe en hébreu, à laquelle je n'ai évidemment rien compris. Puis, dans un anglais plus qu'approximatif, un des tondus me demande d'où je viens. Quand il entend le mot "France", il crache par terre, et braque son PM sur moi en faisant "tatatatata". Connard. Il semblerait cependant que notre cote chez les Israéliens soit assez basse. Je m'en remettrai.
En bas de l'escalier, on arrive sur un immense chantier. Enfin disons un terrain vague. Des gamins jouent. L'un deux, pas tout à fait 8 ans, à vue de nez, agite sporadiquement en direction de la terrasse aux trois b?ufs un petit drapeau palestinien, s'attirant naturellement la réponse appropriée : gestes menaçants, exhibition d'armes, etc. Je commence à me dire, même si je ne devrais évidemment pas, que j'aimerais bien un jour croiser un type de ce genre dans un coin tranquille. Chut...
En remontant de l'autre côté, une bande de mômes joue devant un immeuble en construction. Comme les Israéliens, voilà quelques mois, ont fait une chasse aux cerfs-volants (ben oui... ils ont parfois des couleurs insolentes, ces machins qui volent... le premier soir où j'étais à Jérusalem j'ai vu de mes yeux deux soldats israéliens confisquer son cerf-volant à un môme, devant les remparts de la vieille ville), les gamins s'ingénient à faire voler des sacs poubelle. Et visiblement, ils s'amusent bien.
Passage devant le consulat général des Etats-Unis (seuls deux pays ont accepté de transférer leur ambassade de Tel-Aviv à Jérusalem : le Costa-Rica, et un pays africain dont j'ai oublié le nom). Surprise, sur le blason américain, les étoiles sont enfermées dans une forme d'étoile de David. Vous croyez que chez nous ils ont mis leurs étoiles dans un coq ?
Retour dans le joyeux bordel des abords de la porte de Damas.
Dans la soirée, tard, dans ma chambre, j'ouvre la fenêtre. A la station de bus en face, des jeunes chantent en frappant dans leurs mains.
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