19:10 interlude
[sans date]
Une sorte de hors-série. J'ai mis des affiches sur les murs de ma chambre, j'essaie consciemment et délibérément pour la première fois depuis que je suis là de m'y sentir chez moi, d'y passer plus de temps. Les nuits sont très longues, elle commencent à 16 :30.
L'ennui est un des pensionnaires les plus assidus de l'établissement. Quelle que soit l'heure à laquelle on se ballade dans les couloirs, on est certain à un moment ou un autre de croiser quelqu'un qui s'ennuie. Je n'échappe pas à la règle, parfois je m'ennuie. Sortir est hors de prix ici. Je ne vais pas en arriver à acheter une bouteille de rhum, mais parfois la tentation serait forte. Est forte. Les gens ne sont pas toujours disponibles au moment où on l'est soi-même, que ce soit physiquement ou dans la tête.
La porte de ma chambre reste ouverte. Je n'aime pas les portes fermées, et puis comme ça rentre qui veut. Pas grand-monde, dans l'absolu, ce qui n'a rien de surprenant, vu que le nombre de pensionnaires est tout de même assez restreint à la base.
Je suis venu à Jérusalem pour trois raisons principales. Connaître le pays et vivre cette situation de l'intérieur, pour relativiser et réparer mon échelle de valeurs, pour un défi professionnel, et pour essayer de me mettre dans de bonnes circonstances pour essayer un peu de me retrouver après une dizaine d'années qu'on peut en gros qualifier de catastrophiques pour moi.
Sur le premier point, vous en avez déjà assez lu pour savoir que ma vision des choses en a pris un coup. J'ai effectivement remis pas mal de choses en question. Je regarde "notre" mode de vie en coin. Et ça risque de ne pas s'arranger.
Sur le second point, c'est un peu décevant. Je ne vais pas pousser mes limites avec ce qu'on me donne à faire pour le moment. Ça peut changer, je le sais bien, mais pour le moment...
Sur le troisième point (quelle construction originale...), là, par contre, il se pourrait que je sois en train d'apprendre en cours de rattrapage accéléré des trucs que j'aurais du comprendre bien avant.
Enfin il paraît qu'il n'est jamais trop tard.
A vous tous, les gens qui lisez, les gens qui participez, de près ou de loin, à ma vie d'ici ou celle d'avant, je veux dire que je sens votre présence. Que je sais qu'on n'est rien seul. Je vous remercie.
|