21:07 le nom de la bête...
J'étais monté dans le camion. Le gros 38 tonnes semi-remorque du convoi, avec Abed, le chauffeur. Parce qu'on n'aime pas laisser un Palestinien seul à un check point.
On est passés sans problème, et on a attendu les autres.
De la fenêtre du camion, je regardais la bête. Haute comme une maison de deux étages. Étrangement trapue. Une impression de puissance, avec comme un malaise. Près de 60 tonnes, je crois.
Kaki. Sombre. Les deux portes latérales ouvertes, ainsi que la trappe du toit. J'avais l'impression de voir la bête respirer. Par à-coups, j'avais dans ma tête la bande son, la fureur de l'énorme moteur, le bruit de la lame qui entame un mur...
... les hurlements des gens qui sortent en courant de la maison, préférant se risquer sous le feu venu du ciel plutôt que de confronter le mastodonte implacable qui secoue les murs de leur maison...
De la fenêtre de mon beau camion jaune, je regardais, à l'entrée de Jénine, un Çaterpillar D9 dans sa version militaire blindée, nom de code : "Bear".
Ça fout les jetons. Ça fout la gerbe. Ça fout la haine.
Je veux faire une différence entre un individu plus ou moins détraqué, voire même totalement criminel, qui répand la mort autour de lui, et un système, un pays, qui lâche des trucs pareils sur une population civile. Sur ses maisons. Ses champs. Cent-douze mille oliviers ont été déracinés en deux ans. Les maisons de 5000 personnes ont été détruites à Jénine.
Je veux bien les discours d'objectivité, de tout ce qu'on voudra. Mais que tous ceux qui ont un jour travaillé la terre expliquent aux autres ce que signifient cent-douze mille oliviers arrachés. Trois millions et demi de mètres carrés de champs dévastés. La Palestine rurale, dont on ne parle pas encore, parce qu'elle ne se fait pas encore entendre avec des bombes, combien de temps croyez-vous qu'elle va supporter ça ?
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