14:10 un mouton... deux moutons...
20:30 / 20:45 - intense activité de la mitrailleuse lourde dun blindé en ville
21:00 : sud de la ville, marché... tirs
21:15 : centre. tirs
Je vais essayer de tenir un compte des fusillades de la nuit.
Je suis sur ma terrasse. Jai la théière pleine, le rapport de MSF à lire, plus une interview de Benny Morris, un historien israélien.
21:35 - blindés près du marché
En rentrant du cyber café tout à lheure, jétais un peu inquiet parce que jentendais des blindés approcher de moi sans savoir exactement les localiser. Dans ces cas là, on finit par marcher à reculons, histoire de ne pas se faire surprendre.
La rue qui mène au marché était jonchée de trucs. Mais cest toujours comme ça en fin de journée, et je navais jamais fait attention. Mais là jai vu. En fait, les gamins, jamais en manque dimagination quand il sagit de faire suer les soldats mettent des fausses bombes un peu partout. Une pompe de machine à laver, un vieux four, nimporte quoi du moment que cest métallique et volumineux. De là ils font partir du fil électrique sils en ont, ou des ficelles. Le char, dans le noir, détecte lobstacle et est obligé de tirer dessus. Ils ne peuvent pas prendre le risque que ce soit une vraie bombe. Jimagine que ça doit les agacer sévère au bout dun moment... moi je trouve ça follement drôle.
22:05 - jentends un moteur de char, au ralenti, mais je ne parviens pas à déterminer la provenance.
Cest évident que les soldats ici sont très inquiets. Il me revient une anecdote que N. ma racontée. Pendant lattaque du camp, elle a eu pendant trois jours des soldats chez elle. Seule la belle-mère, âgée de plus de soixante ans, était autorisée à aller et venir pour faire à manger. Les soldats lui ont confisqué tous les couteaux de la cuisine... ils obligeaient aussi les gens à laisser la porte des toilettes ouvertes quand ils y allaient.
22:11 - un blindé vient dallumer ses phares sur la route de Haïfa et se dirige vers la ville. Je ne savais pas quil était là. Il sarrête après une centaine de mètres. Attente...
22:13 - il se remet en route
22:19 - cest un Merkava. Il se plante au niveau des premières maisons de la ville, puis fait demi-tour et repart sur la route. Je continue de lentendre bien après lavoir perdu de vue.
22:26 - je lentends manoeuvrer, probablement faire son demi-tour pour revenir plus tard.
22:35 - un blindé fait le tour de la ville par le sud, je lentends passer...
02:05 - deux blindés au marché ouvrent le feu... en lair. Le bruit des moteurs remplit la ville entière. Je vois les traceurs rouges lacérer le ciel.
02:12 - les blindés séloignent
02:25 - ils sont tout près. Le sol tremble. Ils sarrêtent, se mettent en position. Je ne sais pas où. Au bout de dix minutes, ils repartent. Au loin, dans la campagne, je vois un projecteur qui cherche... quoi ?
02:33 et 02:39 - le ciel sillumine. six secondes plus tard, grosse explosion suivie de coups de feu. Cest loin, mais je ne sais pas où. Cest là quétait le projecteur.
02:40 - jentends les moteurs des blindés qui reviennent de derrière la colline. Ils sarrêtent brusquement. Repartent. Le voisin du dessus continue de ronfler.
02:41 - ils progressent par petits coups.
02:43 - rafale près du marché. Seconde, plus longue : les traceurs passent relativement près de mon immeuble. Dans le même temps jentends des coups de feu plus loin, au même endroit que tout à lheure (02:33)
02:46 - trois énormes rafales au nord, peut-être dans la zone industrielle. Quand les échos retombent, jentends des chiens et des coqs... et le ronflement du voisin.
Jentends les deux blindés qui avancent par à-coups.
02:51 - les coups de feu continuent dans le village au loin
02:58 - épidémie de chants du coq. Ca continue de barder sévère dans le village
06:30 - trois énormes détonations, un paquet de tirs, des chars dans la rue, festival de décibels
Depuis, couvre-feu appuyé. Cest à dire quil y a des incursions incessantes de blindés, que les routes daccès sont fermées par dautres blindés, et quaucune boutique nest ouverte, sinon très fugitivement.
Voilà la vie à Jénine.
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