09:46 nuit d'inquiètude...
Le jour se lève sur Jénine. On a deux soleils. Les combats de la nuit ont laissé un gros incendie. Les chars sont en train, en file indienne, de sen aller.
Les tirs ont duré toute la nuit, larmée ayant pourchassé (et abattu ?) un ou plusieurs tireurs palestiniens.
Vers minuit, un haut parleur sétait mis à diffuser un apperl frénétique. Puis quelques voitures sétaient mises à parcourir la ville en klaxonnant. Abu Amar est en danger.
Des gens ont convergé vers le centre ville.
Quand jarrive en bas, peut-être cent-cinquante personnes. Ca peut paraître dérisoire, mais il faut prendre en considération que les chars étaient déjà dans la ville. Cent cinquante personnes, puis un peu plus, dont quelques hommes en arme. Un deux, cagoulé, tout en noir, me fait signe de la main et me fait un grand sourire. Est-ce quil est dans lincendie que je regarde de ma fenêtre en écrivant ceci ?
De toutes les maisons on entend à lunisson la télé qui montre le dernier bâtiment de la Muqata dArafat. La manif a à peine commencé à bouger que des affrontements avec les chars commencent.
Je reste dans la zone de la vieille ville. Dehors, il y a des tas dhommes, en petits groupes, silencieux. Beaucoup de vieux en pyjamas. Un deux me dit, en montrant les maisons : ils sont idiots. On tue le symbole de leur pays, et ils dorment.
En fait je ne pense pas quils dorment.
Je passe un long moment assis sur un trottoir avec un groupe dhommes. Café. Drame ou pas, on ne plaisante pas avec lhospitalité. Lambiance est morne. Ma présence est très appréciée, et aussi le fait que jai des nouvelles fraîches qui marrivent par mon portable. Il y a des manifs dans tout le pays. Même Jéricho dont on ne parle jamais a au moins mille personnes dans les rues. Ici, ça se débande très vite devant lintervention énergique des soldats. Les gens remontent. Un groupe sagglutine autour de nous. On me répête à lenvie que la France est le seul pays respectable.
Un bruit énorme remplit la nuit : sept chars prennent position dans le centre ville. Puis les téléphones sonnent un peu partout : les soldats viennent à pieds. Là, ça devient dangereux même pour nous qui ne sommes pas tout à fait dans le centre. Parce que tant quils sont dans les APC, on les entend venir. A pieds, ils peuvent débouler à quelques mètres de nous sans quon puisse réagir. On décide donc de rentrer chacun chez soi.
Labattement est total. Moi-même, je suis épuisé et un peu sonné par ces dernières quarante-huit heures qui ont lair dêtre sur le point de culminer avec la destruction de tout ce qui reste de la Palestine officielle, et du plus fort symbole qui lait jamais incarnée.
Trois hommes, craignant que des tireurs palestiniens ne me prennent pour un soldat ma raccompagnent chez moi.
[Retour au matin...]
Deux blindés, fraîchement arrivés du nord, sinstallent dans les collines surplombant Qabatiah, mais aussi à proximité du camp.
A lest, il y en a encore un qui bourdonne, mais je ne peux pas le localiser. Cest apparemment un gros entrepôt qui brûle, mais je crois quil y a un second bâtiment que je ne peux pas voir dici. Des gens samassent.
Après mes trois heures de sommeil de la nuit davant, et le sommeil très fragmenté par la bataille de cette nuit, je suis complètement à plat.
[un peu plus tard - 09:42]
La ville est sous couvre-feu mais les gens sont dehors et les gamins à l'école. La décision a été prise d'envoyer les enfants à l'école et d'ouvrir les classes dès que le couvre-feu ne serait plus strictement appliqué. Pour les jours sans, des classes parallèles ont été ouvertes, dans les maisons ou les locaux associatifs, avec des instituteurs les plus proches du lieu et des volontaires.
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