17:02 J-30...
Trente jours. Il me reste trente jours de chroniques. Dans environ trente jours, je referme le couvercle de mon portable, je boucle mon sac, et je quitte Jénine et la Palestine. Je ne la laisserai probablement pas en meilleur état que je l'ai trouvée, mais je prétends n'y être pour pas grand-chose...
Voilà. Vous êtes prévenus. Trente jours, plus ou moins. Je reçois beaucoup de courrier avec la question "et après ?". Et après, je ne sais pas. Je ne vois pas l'utilité pour moi ni pour vous de continuer une chronique en n'étant plus sur place.
En attendant, la vie continue. Il semble que mes amis en vert aient décidé de boucler les accès à la ville de Jénine de façon plus ou moins permanente. Il y a maintenant - au moins sur la route du nord, je n'ai pas vérifié les autres, pas encore - minimum deux blindés en permanence qui bloquent la circulation. Même la nuit.
Ce qu'il faut bien comprendre, c'est qu'il y a déjà des checkpoints aux entrées de la ville, ou plus exactement, aux entrées de la zone A, prétendument autonome. A celà il faut ajouter les barrages permanents entre la ville et une partie des villages, les barrages mobiles, constitués de véhicules, et donc maintenant les barrages mobiles permanents. Je crois qu'on veut nous faire comprendre qu'il ne faut pas circuler.
Comme d'habitude, en mauvais esprit que je suis, je me demande pourquoi. L'important est d'empêcher les potentiels kamikaze ou terroristes de traverser la frontière pour aller en Israël. Mais il parait qu'on ne peut pas garder la frontière. Trop longue, trop difficile. Apparemment plus difficile que boucler, cloisonner, compartimeter les zones palestiniennes. Va comprendre. On pourrait penser que les grosses têtes sous le béret se rendent compte qu'il y a comme un défaut dans la logique de leur démarche. Mais non. C'est juste qu'on n'a pas la même logique... ou que la démarche n'est pas celle qu'on nous présente.
J'ai vu Ariel à la télévision l'autre jour présenter ses regrets que des civils aient été un tant soit peu tués à Gaza quand un hélicoptère a tiré un missile antichar sur un groupe de gens dans la rue. Déjà, le ton donnait - si j'ose dire - le ton. Il a dit ça à la "passe-moi-le-sel". En pilotage automatique. Disons pudiquement que le coeur n'y était visiblement pas. Ensuite, quand on y pense un peu, l'utilisation d'une arme antichar (lire : faite pour faire un trou dans un mastodonte d'acier d'une bonne cinquantaine de tonnes) sur un groupe de personnes dans la rue peut surprendre. L'argument c'est que des gens dans le groupe tiraient à la Kalashnikov sur l'hélicoptère. Blindé. On ne le dit pas assez : c'est plus ou moins blindé ces choses-là. L'helicoptère aurait pu prendre de l'altitude, appeler de l'infanterie pour règler le problème, et on n'en parlait plus. Mais non. Ca ne pose aucun problème à un pilote d'hélicoptère israélien de tirer un missile antichar sur des gens à découvert. Il ne peut pas prétendre qu'il était trop loin pour voir : il était assez près pour qu'on lui tire dessus, et assez près pour voir que les tireurs se situaient dans le groupe. Bilan, une centaine de blessés et une quinzaine de morts pour l'ensemble de l'opération. Pas mal pour un lundi...
L'autre jour à Qalendia, alors que j'attendais le taxi pour rentrer à Jénine, j'ai assisté à une scène qui ne m'a pas beaucoup plu. La zone en question se trouve entre les checkpoints de Qalendia et Ram, et donc entre Ramallah et Jérusalem. Un type a essayé de voler une voiture de location garée le long de la route menant au checkpoint, (probablement une voiture pour reporters, ou pour une ONG). Il a été vu par quelqu'un, et une foule de gens s'est précipité sur lui. Il a été battu. Pas trop sérieusement, mais battu tout de même. A un moment j'ai cru qu'on allait avoir un lynchage en bonne et due forme. En fait, ils ont fini par l'enfermer dans le coffre d'un taxi, qui est parti - m'a-t-on dit - pour l'emmener à une station de police palestinienne.
Enfin bref. Depuis vingt-quatre heures il y a soit un avion d'observation soit un drone qui tourne autour de la ville. Ce n'est pas bon signe. On verra bien. En attendant tout est calme. C'est vendredi, la ville est au ralenti.
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